Bossman et Bosslady: Opération Hippo!
17 janvier 2008 - 11 février 2008
Epaves à Half Die
Dans notre grande tradition, nous arrivâmes de nuit en Gambie, au mouillage de Half Die, lieu pertinemment nommé ainsi depuis l’épidémie de choléra de 1869 qui zigouillât la moitié de la population. Nous avions navigué deux jours depuis la Casamance, en jetant l’ancre en pleine mer pour la nuit, car les fonds ne descendent que très graduellement et à plusieurs kilomètres de la côte il n’y avait toujours que 6 mètres sous la quille. Evidemment, ça roulait pas mal, mais c’était seulement pour dormir. L’approche de Half Die en pleine nuit fût palpitante, car les bancs de sable abondent et surtout les épaves rouillées à moitié submergés!
Epaves en route vers Lamin Lodge
Nous avions deux mouillages possibles pour préparer la remontée du fleuve: Denton Bridge ou Lamin Lodge. Comme Lamin Lodge avait l’air plus paisible, nous nous engageâmes dans ce bolon (bras de rivière) avec la marée montante du lendemain (en mémorisant notre trajectoire sur le GPS pour ressortir facilement).
Lamin Lodge
C’est un restaurant construit sur pilotis dans la mangrove, mais nous nous rendîmes vite à l’évidence qu’il n’y avait pas moyen de faire le plein d’eau ou d’y trouver rapidement un taxi pour la ville à n’importe quelle heure de la journée. Donc nous décidâmes d’y manger, avant de repartir pour Denton Bridge.
Singes voleurs à Lamin Lodge
Après avoir passé commande, nous fument mis en garde contre les “naughty monkeys” (les “singes malicieux” - la Gambie est anglophone) qui volent la nourriture des assiettes des touristes. Ils aiment aussi renverser les boisons pour ensuite les lécher de la table, sauf celles avec de l’alcool - tradition Musulmane oblige. (Autant au Sénégal qu’en Gambie, du moins dans les grandes villes, la religion Musulmane est de loin la plus dominante.)
Heureusement, nous ne fument pas les premiers servis et regardâmes l'horreur (et l’hilarité) des singes qui raflèrent des poignées de frites-poulet d’un couple, raid après raid. La dame finit par abandonner toute son assiette, dégoûtée, à un singe qui s'installât en suite sans gêne devant elle sur la table et vida l’assiette quasi aussi grande que lui, en deux temps, quatre mouvements.
Le plus grand glouton ainsi repu, nous n’avions plus qu’à nous défendre de deux singes moins audacieux. De plus, nous avions reçu un manche à balai! Armés de cette manière, nous dominâmes le champ de bataille jusqu’à un moment fatal d’inattention, quand Heather donna son surplus de frites à un Marc affamé, et qu’un singe, rapide comme l’éclair, en raflât deux.
Encore et toujours les singes à Lamin Lodge
Après être ressortis du bolon de Lamin, nous eûmes grande peine à trouver le chenal pour entrer dans celui vers Denton Bridge. (Ce bolon fait plusieurs centaines de mètres de large à son entrée, mais il n’y a que moins de cinq mètres qui sont assez profonds.) Un petit bateau de pêche touristique nous vînt en aide, et bientôt nous explorâmes la longue route sinueuse vers le pont à tâtons avec le sondeur, en la mémorisant sur le GPS.
Une petite heure plus tard, nous jetâmes l’ancre en plein milieu du chenal près du pont et un homme pagayât rapidement à notre rencontre. Il s’introduisît comme Ken, et nous dît de ne pas rester au milieu, mais de prendre un corps mort (une bouée) sur le côté, car, de nuit, des pirogues de pêche passent à grande vitesse et il y aurait risque de collision.
Vraiment? Nous pouvons prendre un des corps morts? Oui, pour une modique somme. Après finalement lui avoir extrait le prix (environs 4 Euros par nuit), nous remerciâmes et allions nous mettre à l’ancre. Pas de pression, dît-il. Nous sommes en Gambie, pas au Sénégal. Nous sommes bons et patients ici. Nous sommes des gens honnêtes. Puis il nous offrît ses services de ravitaillement en carburant, en eau et même en poisson frai. Il pouvait aussi nous procurer des nouvelles batteries marines! Nous ne voulions rien dans l’immédiat et allions le recontacter quand nous irions à terre le lendemain.
Sowe
Le matin suivant, nous pagayâmes jusqu’au ponton, où Sowe pris notre amarre. Il travaille pour une boite touristique de pêche au gros. Il prit nos poubelles et nous montrât le conteneur (!) où les déposer. Ensuite il nous offrît de nous conduire en ville. D’accord!
En attendant Sowe, Ken surgît et nous demandât si nous avions besoin de ses services. Nous lui dîmes que nous allions en ville pour l’instant. De toute façon, nous voulions d’abord vérifier sa réputation avant de lui confier de l’argent. En route, nous posâmes la question à Sowe, qui nous recommanda timidement de ne pas faire affaire avec Ken. Les corps morts, par exemple, ne lui appartenaient pas, et Ken, un Nigérien itinérant, n’avait pas le droit de les louer. En lui sortant les vers du nez encore un peu plus, Sowe racontât comment Ken avait vendu des nouveaux coussins pour leur bateau de pêche à son patron. La police est venu les récupérer et Ken n’a jamais remboursé l’argent.
Nous ne voulions donc pas travailler avec Ken, et Sowe était incroyablement serviable. Nous avions réussi à arriver en Gambie pour le nouvel-an Musulman et ne pouvions donc pas passer par l’immigration pour faire tamponner nos passeports. Nous passâmes ce long week-end avec Sowe, à faire une multitude de courses. Malgré qu’il nous dégotta les bons supermarchés, les pompes service avec le carburant le plus propre, les meilleures gargotes, et arrangeât notre lessive, il n’arrivât pas à nous trouver des batteries marines pour remplacer celles du Moana, moribondes.
Après avoir été approché par tant de vaux-riens au Sénégal, voulant de l’argent, ou insistant à nous vendre des services et des produits que nous ne voulions pas, ce fût rafraîchissant d’être en compagnie de Sowe. Il fût notre barrage entre nous et les vaux-riens Gambiens, et nous apprît une multitude de détails sur la culture et les bizarreries Gambiennes. Par exemple, les locaux haïssent les Libanais qui possèdent tous les commerces et entreprises d'envergure, et qui ont très mauvaise réputation en ce qui concerne le traitement de leurs employés, oubliant de les payer à la fin du mois, etc. Les employés de leur côté, ont donc peu de scrupule à chiper de leur patron ou d’utiliser leurs ateliers pour se faire de l’argent de poche à leur propre compte, ne fusse que pour emm... les Libanais!
Ceci fût le cas quand nous avions besoin d’une pièce pour le hors-bord. Sowe l’avait inspecté (il répare le hors-bord du bateau de sa société) et trouvé le problème. Mais pour obtenir cette pièce en Gambie il faut des mois! Ou, sinon, voyez-vous, il a un ami qui peut en obtenir une d’un nouveau moteur et mettant la notre à la place... Pour un petit prix.
Après lui avoir tiré les vers du nez, et avoir compris que ceci se ferait sans l’approbation du patron (Libanais), nous déclinâmes l’offre et décidâmes d’attendre jusqu’au prochain continent pour réparer. Mais Sowe, plus tard, nous dît avoir trouvé la pièce légitimement et l’avoir acheté et installé... Posés devant le fait accompli, nous lui payâmes la pièce, mais ne saurons jamais sûr de sa provenance. (Il nous dît pouvoir nous rendre l’ancienne pièce défective, que Marc réclamait, mais en fin de compte nous ne l’avons jamais reçue.)
En faisant les courses avec nous, Sowe s’arretât souvent chez sa famille ou chez ses amis, sans raison apparente. Nous leurs dîmes cordialement bonjour à tous. Nous pensons qu’il aimait être vu avec des toubabs (hommes blancs). Comme au Sénégal, cela doit apporter un certain prestige. Dans une des gargotes, l’addition n’était pas juste. Il s’avérât qu’une des serveuses qui connaissait Sowe, s’était offert un jus de fruit (cher) à son/notre compte, puisque c’était quand même les toubabs qui payaient. Sowe offrît de nous rembourser, mais nous laissâmes passer.
Ces expériences n’étaient que quelques exemples d’une sorte de racisme inhérent à la société Gambienne, où les locaux dépendent des étrangers pour le tourisme et l’entreprise. Ils n’aiment pas les Sénégalais, car la Gambie est entièrement encerclée par le Sénégal, et ils n’aiment pas les autres Africains non-plus, car ils immigrent en Gambie, qui a un niveau de vie proportionnellement plus élevé, comme le Sénégal, et ‘ils volent le travail aux Gambiens’. Les Gambiens se discriminent eux-mêmes! Par exemple, il se font contrôler leur identité pour entrer dans certains endroits, mais pas les toubabs, ou ils sont simplement interdits d’aces - sauf accompagnés par des toubabs. Ce fût le cas sur la plage, fort touristique, que Sowe nous fît découvrir, et où il ne pût se balader que grâce à notre présence. Les seuls noirs qui y sont autorisés sont quelques vendeuses de jus de fruit en vêtements traditionnels, ou ceux qui sont clients dans les hôtels. Il y avait aussi des jeunes-hommes en maillot, présent en douce, eux. Et après que plusieurs d’entre eux aient fait des clins d’oeil à Marc, nous savions pourquoi ils étaient là...
Nous avions bon nous plaindre de la présence allemande aux Iles Canaries, mais nous étions bien contents de pourvoir y trouver de la saucisse en bocaux ou de la choucroute pour la cale. Ici aussi, la présence anglaise et libanaise se fait ressentir, mais nous trouvâmes, cheddar, falafel, fish and chips et mutabbel. La bière brassée localement, la Julbrew, était assez métallique et décevante, mais le Malta, un breuvage sans alcool à base de malte, était doux, exaltant et aromatique.
Marché du port de Banjul, la capitale de la Gambie
Le lundi, nous nous rendîmes au port pour passer par le service d’immigration. Le chef était encore entrain de prier (en tant que Musulman) et une assistante, qui à dû suivre des cours du soir de théâtre, nous accueillît.
Elle nous demanda de déclarer par écrit combien de drogue dure et d’armes à feux nous avions à bord. Puis ils voudraient vérifier en fouillant le bateau, donc où était-il?
Nous savions qu’il fallait être à Half Die, et pas à Denton Bridge, mais ne voulant pas mentir, nous lui dîmes la vérité. Sur ce, l’actrice en elle se réveillât: roulement des yeux, face ennuyée, respiration tendue, et déclamations que nous avions entré la Gambie illégalement, du fait d’avoir pris une voiture de Denton Bridge jusque chez eux...
Le chef entra en babouches, ayant terminé sa prière, et mît ses chaussures. Il nous mît la pression aussi, d’une manière moins théâtrale et plus diplomatique. Sachant à quoi tout cela devait servir, et sentant qu’on allait passer à la casserole cette fois-ci, Marc posât la question clé: “Que proposez-vous comme solution?” (A comprendre: “combien voulez-vous?”). Quelques phrases plus tard, il était entendu que nous allions recevoir nos cachets dans nos passeports d’abord, et qu’en suite nous allions convenir du prix.
L’assistante parti chercher le bon tampon - Heather en tant qu’Amériquaine devait payer pour un visa, et l'atmosphère se détendît. Le chef, de sa voie basse, fit la causette avec Heather. Pour votre information: il est marié et a des gosses de deux, cinq et huit ans. Et, en fin de compte, dît il, il n’était pas si grave d’être à Denton Bridge, nous étions tous des amis après tout. Un troisième fonctionnaire s’était rajouté pendant ce temps - un petit plaisantin sympa, lui, souhaitant à Heather de produire au moins une douzaine d’enfants.
Au moment de la dernière négociation, réglant l’aspect pécuniaire, l’assistante fît encore son cinéma, mais Marc n’arriva plus à retenir un large sourire. En plus, elle n’avait pas trouvé le bon cachet et Heather a finalement reçu le même que Marc, avec quelques haussements d’épaule désintéressés des fonctionnaires.
Nous avons payé 350 Dalasi (100 Dalasi = 3 Euro) pour le visa de Heather, qui est américaine - c’est gratuit pour les Européens - plus 400 Dalasi de bakchich. Il est certain qu’ils auront empoché les 350 Dalasi du visa aussi, sans les déclarer à leur administration. Cela fait donc la somme rondelette de 250 Dalasi de pot de vin par tête. (Cela aurait certainement pu être plus bas.) Ce fût pour Marc et Heather une première dans leur vie: délit de corruption. Vivement le retour aux pays civilisés!
Après l’immigration, nous sommes allés aux autorités portuaires, pour payer le droit de navigation de 22 Euros, sachant que, eux, ne sont pas corrompus. Par contre les douanes le sont, et elles ne délivrent aucune preuve écrite de votre passage, donc nous ne leur avons pas rendu visite.

Image satellite de la rivière Gambie
Comme vous avez pu le deviner, nous n’étions pas exactement enthousiastes de passer notre temps en ville. Donc, aussitôt la cale, les réservoirs et les jerrycans supplémentaires remplis de carburent, d’eau douce et de vivres, et la paperasse étant terminée, nous décampèrent de Banjul illico presto. Marc était tellement pressé de partir, que nous quittâmes Denton Bridge par le bolon étroit et sinueux, semé d'embûches, un peu avant la marée basse. En suivant la trajectoire mémorisée sur le GPS néanmoins, nous en ressortîmes en ayant touché le fond qu’une seule fois. Puis, confronté au fort courant de la rivière, nous jetâmes l’ancre dans l’estuaire pour patienter une heure ou deux, le temps de la renverse.
Ancienne forteresse de James Island
Après le couché du soleil (comme d’hab.), nous avions remonté la rivière Gambie jusqu’à James Island, où nous passâmes la nuit. Cette île minuscule était la base militaire anglaise principale avant qu’elle ne soit transférée à Banjul.
Epave du Lady Chilel († 1984) à Devil's Point, avec pélican
Mangroves et marécages
Nous repartîmes tôt le matin, pour prendre la marée (et nous décidâmes bien vite de ne plus naviguer de nuit, en voyant tous les filets de pêcheurs, par ci, par là). La rivière fait plusieurs kilomètres de large à l’embouchure, mais en fin de journée, elle était déjà nettement plus étroite avec une végétation et un paysage beaucoup plus diversifiés: palmiers, mangroves hautes (à l’inverse de la mangrove basse de toute la côte comme en Casamance), marécages, roseaux et monticules de terre rouge. Les photos ci-dessus ont été prises aux alentours d’Elephant Island.
Fabrique de cacahuètes
Le jour suivant nous reprîmes la marée montante et passâmes Sea Horse Island, sans voir de “chevaux des mers” (donc hippopotames) malheureusement. Derrière le prochain coude de la rivière nous vîmes la fabrique de cacahuètes de Kau-ur, à l'arrêt en saison sèche.
Singes sur la rive
Nous retrouvâmes le voilier américain Anasazi, avec lequel nous avions déjà brièvement fait connaissance à Denton Bridge, et nous fessâmes équipe pour explorer le chenal non-documenté derrière les îles Pappa. Là non-plus, pas d’hippopotames, mais nous apercevîmes nos premiers singes en liberté totale (contrairement à ceux de Lamin Lodge qui se sont fort bien accoutumé à l’être-humain).
Couché de soleil aux Deer Islands
Au mouillage derrière Deer Island, le ciel nous régala d’un spectacle de nuages rose-abricot sur les mangroves.
Paillotes
La majorité des huttes, cases et maisons sur les lises étaient rectangulaires avec des toits de paille, comme celles à Deer Island.
Colline rouge de Kassang
Cette colline est faite de laterite, roche utilisé pour les cercles de pierres de Wassu (voir plus loin). Nous débarquâmes pour monter jusqu’au sommet, quelques garçons et filles dans notre sillage, les plus petits criant “toubab, toubab, toubab!” en nous approchant. Nous comprenons fort bien leur excitation extrême en nous voyant, car, comme le dit notre pilote, le bouquin avec les instructions nautiques, nous sommes la chose la plus fascinante qu’ils aient vu depuis le dernier voilier! Mais en Amérique ou en Europe, si des gamins crient en vous montrant du doigt, vous penseriez qu’ils vous insultent, et à certains moments nous ne pouvions pas nous empêcher d’avoir cette impression, mais tous ces sourires géants indiquent bien le contraire!
Elle et nous au sommet
Non, ceci n’est pas la plus belle photo que nous ayons de nous-mêmes, mais sur celle-ci on voit une des petites filles qui nous avait suivi, sautillant derrière nous pour être dans la photo. Ils sont mignons, les enfants des villages, mais celui-ci était de loin le plus pauvre qu’on ait vu et il était difficile de voir un enfant portant des souliers, sans ‘snot’ sur le visage, et avec deux yeux blancs (l’un étant généralement jaune et l’autre rose). Le village manquait aussi - hormis l'eau et l’électricité comme d’habitude - une école.
Lessive
La plupart des femmes ne veulent toujours pas être prises en photo, mais celli-ci ne fût pas déconcertée.
La rivière Gambie et Bird Island, vu du sommet de la coline rouge
Le chenal principal de la rivière est navigable, mais ceux qui ne le sont pas, comme derrière Bird Island, offrent souvent le plus de faune et de flore. Nous observâmes ce bras de notre mouillage au pied de la colline en espérant voir des hippopotames ou des crocodiles, mais notre patience ne fut pas récompensée.
Soif!
Nous avions clairement remonté jusqu’à l’eau douce, témoin ces vaches s’abreuvant. L’autre indicateur fût le nombre de mouches tsé-tsé croisant. Elles sont comme nos taons, mais en plus coriace: on peut les taper trois fois de suite avec un essuie et elles s’envolent encore! Elles piquent à travers les vêtements, mais heureusement elles ne transmettent pas de maladie en Afrique Occidentale.
Epave du Lady Denham († 1948), peu après Bird Island
Bâtiment colonial dilapidé
Le grand village (ou la petite ville) animé de Kuntuar se trouve après le prochain coude de la rivière. Des barges se fessaient charger et décharger ici pendant les temps plus prospères des colonies, mais, en demi ciècle après l’indépendance, les immeubles coloniaux tombent en miettes et sont remplacés par des huttes en boue séché et des toits en tôle ondulée.
Cercles de pierre de Wassu
Quelques garçons locaux nous accompagnèrent pour les quatre ou cinq kilomètres hors de la ville vers Wassu, un bled près duquel se trouvent des pierres mégalithiques disposées en cercles. Elles ont été taillées en laterite rouge, qui est douce et poreuse mais durcit exposé à l’air libre.
Encore plus de pierres
La plupart des piliers étaient taillées assez grossièrement, mais un cercle impressionnant était fait de pierres quasi parfaitement rondes.
Des tests faits à l’Université de Dakar datent ces piliers vers l’an 750, ± 110 ans. Comme d’habitude, personne ne connaît leur signification exacte, même s’il est généralement accepté qu’elles soient des monuments funéraires. Le musée sur place, lui, fait de son mieux pour prouver des alignements astrologiques ou encore de faire le lien avec les menhirs de Bretagne, car il y a les ‘mêmes’ symboles Celtiques (un vague zig-zag). Bon, si on veut... Mais pas besoin d’aller emprunter ailleurs, ces pierres africaines sont suffisamment mystiques en soi. (Valent-elles le déplacement et les 50 Dalasi par personne d’entrée? Probablement pas pour la plupart d’entre nous.)
Baboon Islands
Le ‘River Gambia National Park’ contient la seconde et troisième des trois îles Baboon, ainsi que les eaux derrière elles. C’est l’habitat d’hippopotames, de babouins et de beaucoup d’autres animaux sauvages que nous aurions aimé apercevoir aux jumelles en passant. Les autorités portuaires de Banjul nous avaient donné une carte avec les voies navigables et celles interdites.
Nous fûmes donc surpris, en essayant de trouver le chenal entre la première et la seconde île, de voir une petite embarcation nous rejoindre dont l’occupant nous réclamât 100 Dalasi par personne pour la visite du parque national. Voyez-vous, nous n’avions pas le droit d’y entrer, dans le parque, avec le Moana. Nous n’avions même pas le droit de nous en approcher plus près que du milieu de la rivière, donc pourquoi payer pour sa visite? Et puis pourquoi payer ce gars en maillot de foot, sans badge ou papiers officiels pour nous prouver la validité de sa demande? La chose la plus officielle à voir était le numéro “2”, peint sur son hors-bord. Nous avions déjà acquitté le droit de navigation de 22 Euro aux autorités portuaires, et aucun de leurs papiers concernant le parque national fessait mention de frais supplémentaires.
le gars insista sans relâche nous disant que ce montant était normal, et qu’un voilier passant par le chenal que nous cherchions, l’avait payé quelques heures auparavant (l’Anasazi?). Nous n’avions aucune intention de payer la visite d’un parque dont l’entrée nous était défendue, et donc, il insista pour que nous ne prenions pas le chenal entre les deux îles mais faisions demi-tour pour entièrement contourner la première île. Fort bien, nous ne trouvions quand même pas de passage assez profond. Mais l'énergumène nous rejoignît pour nous ‘escorter’!
Heather sortît les jumelles à un certain moment en voyant quelques oiseaux. Sur ce notre escorte bondît sur nous, criant que nous ne pouvions même pas regarder l’île sans payer. Incroyable! Après une discussion échauffée, il concédât qu’on puisse regarder dans cette direction, mais nous ne pouvions pas prendre de photos! Pour le reste de ce bout de trajet, nous ignorâmes sa présence et ne prîmes pas de photos. De toute manière, il n’y avait pas d’animaux - peut être à cause du vacarme de son hors-bord...
Le splendide Anasazi
Nous retrouvâmes l’Anasazi à l’ancre sur la rivière, juste après les îles Baboon et leurs demandâmes leur récit de leur rencontre avec ce ‘gardien de parque’ dérangé. A l'inverse des dires du gardien, l’Anasazi n’avait pas payé, et n’était pas passé par le chenal entre les deux premières îles, n’ayant pas trouvé de passage assez profond non-plus.
Ce genre de rencontres en Afrique commençait à nous taxer. Nous étions contents de pouvoir nous défouler un peu en comparant nos expériences avec Gary et Beth, les skippers américains de l’Anasazi, et Trudy et Gale, leurs amies canadiennes.
L’Anasazi fût construit sur mesure pour Gary et Beth il y 15 ans. Il est en bois/epoxy avec un mât en conifère Douglas qu’il faut vernir une à deux fois par an. Gary à écrit l’histoire de la conception et de la construction de l’Anasazi, avec beaucoup de passion. Il nous a offert une copie dédicacé de son livre “The Architect’s Apprentice” au moment où nous nous sommes quittés, puisque Marc aussi n'arrête jamais de penser au bateau idéal.
Singes dans les arbres!
Vautours aux allures d’échasiers!
Nous passâmes la nuit à côté de l’Anasazi aux l’îles Mimang et Kai-ai. Dans plusieurs arbres il y avait des singes, sautants entre les branches! Il y avait aussi des vautours hideux perchés sur des nids et une foule de grand rapaces majestueux, haut dans le ciel.
Fourmilière en route vers Georgetown
Les nombreuses fourmilières sur les berges faisaient plus de deux mètres de haut!
L’Anasazi avait atteint Georgetown un jour avant nous et nous dît qu’il y avait moyen de se connecter à l’internet en ville par une médiocre ligne téléphonique. Il nous prévinrent aussi que la ville avait plus d'enquiquineurs que d’habitude. En effet, déjà avant d’avoir pu mouiller, des hommes criaient de la rive pour pouvoir être ‘notre ami’. Ne le comprenez pas mal, autant au Sénégal qu’en Gambie, la population est polie et aimable, mais il y a quelques crétins, une minorité, mais en tant que blanc on ne voit qu’eux car ils vivent du parasitisme de toubab.
Nous décidâmes d’une nouvelle approche à ce problème en faisant semblant d'être du Pays Basque et de ne parler que l’Espagnol. Grossière erreur! Des Espagnols catalans avaient sponsorisé des projets de construction à Georgetown et nous fumes d'emblée flanque de deux enquiquineurs qui nous régalèrent des seules phrases espagnoles qu’ils connaissaient, justement celles qui nous pesaient le plus dans les îles Canaries : “no pasa nada” et “tranquilo”. Heureusement, rien n'était “claro” entre nous, donc il n’ont pas pu utiliser ce mot-là. Mais ils étaient certain que tout allait fort bien puisque tout était “muy biento”. Est-ce de l’italien?
Les Gambiens ont des mots bizarres à eux aussi, probablement un résidu des temps coloniaux. Marc était appelé "Boss Man" et Heather "Boss Lady".
Nous appeler "Boss" ne les mît néanmoins pas dans nos bonnes grâces, surtout pas quand ils essayaient de convaincre une vendeuse de bananes de gonfler ses prix de 250% pour nous les toubabs! Nous n’allions certainement pas leur glisser quelques pièces pour nous avoir suivi dans toute la ville! Marc leur dît en Espagnol et en gesticulant, d’aller se balader dans la direction opposée à la notre, et à notre surprise, ils s'exécutèrent, nous disant néanmoins qu’ils comptaient nous rejoindre plus tard. Conclusion: il vaut mieux parler leur langue (l’anglais en Gambie) pour pouvoir leur dire carrément, mais poliment, d’aller se faire cuire un oeuf!
Apres avoir consulté nos e-mails, nous retournâmes directement vers la rivière, mais les enquiquineurs et leurs amis nous enveloppèrent. Les ignorant, nous marchâmes en ligne droite vers le zodiac mais un nouvel enquiquineur nous approcha pour nous ‘montrer quelque chose’. Comme Marc ne lui prêta aucune attention, il s’agrippa à son bras. Il fallut plusieurs "Let go of me!" avant d'être relâché. Mais l’emmerdeur nous suivît jusqu'à l’eau et nous lança qu’il fallait payer deux euros pour avoir laisse le zodiac là. Oui, c’est ça...
Et donc nous décidâmes de ne plus mettre les pieds à Banjul au retour, sauf pour faire tamponner nos passeports. Nous en avions assez des villes. (Dans les villages aussi on se fait envelopper par un flopée de curieux qui vous accompagnent partout, mais la c’est bénin. Dans les villes par contre, ils veulent agressivement votre argent.)
D’un autre côté, Heather ne s'était pas fait d’illusions au sujet du recyclage de déchets en Afrique, mais elle fut donc toute contente de pouvoir distribuer nos bouteilles plastiques et bocaux vides à des garçons qui vinrent les demander en pirogue. Ils s'arrachèrent les bidons de huit litres entre eux et grimpèrent quasi à bord pour être les premiers à les recevoir pendant la distribution. La réutilisation, c’est encore mieux que le recyclage.
Cela ne nous embêta pas de nous faire solliciter par des enfants qui nous demandaient des bouteilles ou des stylos, mais il nous paru que certaines fois les enfants pensent recevoir d’office quelque chose d’un toubab. Nous nous souvenons d’une petite fille sur l'île de Karabane en Casamance, qui était entièrement convaincue que nous avions des bonbons à distribuer et que, si elle n'arrêtât pas de nous en demander, elle en serait récompensé avec un. A Lamin Lodge en Gambie, un petit garçon nous demandât a) nos noms, b) d'où nous venions, et donc en conclusion logique c) ce que nous lui avions apporté. Un voyageur averti en vaut donc deux: faites le plein de Bics et de caramels avant d’aller en Afrique Occidentale!
Nos premiers hippopotames!
Nous refusions mordicus de quitter la rivière avant d’avoir vu des hippopotames, mais nous étions déjà sur le chemin du retour, n’en ayant pas repéré à l'allée. Imaginez-vous donc notre extase en en trouvant quatre de retour à l'île Mimang! Nous nous installâmes sur la proue et les observâmes aux jumelles et à l’appareil photo au gros objectif, pendant des heures. Les deux plus gros ouvrirent bien grand la gueule, révélant leur grandes dents – utile seulement pour s’expliquer entre eux, car ils sont herbivores.
Le lendemain nous continuâmes la descente de la rivière, en repassant par la réserve naturelle des îles Baboon, à nouveau sans apercevoir aucune vie sauvage. Un bateau du parque nous approchât, mais cette fois–ci seulement pour s’assurer que nous étions au courant des règles de navigation dans la zone. Ils ne demandèrent pas d’argent ou de ne pas regarder dans la direction de l'île. Quel soulagement.
Hippo baillant - ces bestioles sont énormes!
Nous nous faufilâmes le plus profondément possible dans la crique derrière Bird Island, où Anasazi avait déjà vu des hippopotames à l’allée. Gary et Beth nous rejoignirent et nous passâmes plusieurs jours à observer l’action de ces colosses. L’action, c’est beaucoup dire. Les cinq à six hippopotames restèrent quasi immobiles la plus grande partie de la journée. De temps en temps, l’un plongeât en tapant des pattes arrières, ou respira en faisant des bulles. Deux ou trois fois ils ouvrirent grand la gueule! Tout cela nous fascinât et nous valait bien l’attente. Marc pointât l’appareil photo pendant des heures sur eux, et, comme récompense pour son infinie patience, il put prendre ce cliché magnifique de l’intérieur rose de l’immense gueule du plus gros d’entre eux.
Canards
Satisfaits de notre rencontre avec les hippopotames, nous continuâmes la descente de la rivière, en passant par des centaines et des centaines de canards dans les airs et sur l’eau. Migration?
La rive
Nous repassâmes par les Deer Islands avec leurs magnifiques rives de roseaux, arbres à mangue, palmiers, et plus. Un territoire étonnant!
Le temps fût lourd et étouffant pour notre dernière semaine sur la rivière. Marc développa une réaction allergique aux morsures des hordes de tsé-tsés, résultant en autant d'énormes boursouflures. Nous nous précipitâmes vers l’embouchure et l’eau salée, où il n’y a plus de tsé-tsés, abandonnant le projet d’essayer de voir un crocodile.
En passant l’avant-dernière nuit près des îles Pappa, une bande de singes fît un vacarme infernal au couché et au levé du soleil, se balançant dans les branches en gueulant et en jetant des objets dans la rivière. Bon spectacle!
Méduse de 15 à 30 cm de diamètre
Le jour suivant nous parvînmes à l’eau salée, et trouvâmes une multitude de méduses dans la rivière. Le temps chaud continuât, et quelques cendres, de provenance inconnue, tombèrent sur le Moana.
Dauphins enfin
Le dernier jour, nous atteignîmes à nouveau Lamin Lodge, à l’écart de la capitale, Banjul. En chemin, près de l’embouchure, quelques-uns de ces gros dauphins gris vinrent nous dire bonjour. Un vent thermique bienvenu, causé par la proximité de la mer, nous rafraîchît enfin.
Remorqueur de pirogues devant Banjul
Plusieurs pirogues motorisées ont l’air d’être spécialisé dans le remorquage des pirogues non-motorisées, pour la traversée de l’estuaire qui fait quand même une petite dizaine de kilomètres, sans parler des courants allant jusqu’à quatre km/h!
Marc et les enfants
La photo ci-dessus est à la sortie de Lamin Lodge, ou nous avons mangé une dernière fois avec les “naughty monkeys”. Puis Sowe vint avec une excellente nouvelle: il avait trouvé des batteries marines! (Il n’y a pas de ship chandler au Sénégal ni en Gambie!) Merci, Sowe!
Le Moana à Lamin Lodge, vue typique autant pour la Casamance que pour les bolons de l'estuaire de la Gambie
Deux jours plus tard nous reprîmes le large, en passant 10 heures au moteur pour charger les nouvelles batteries, appuyés des voiles. Nous passâmes la nuit dans l’embouchure du Sine Saloum. Puis, le lendemain, il y avait encore 110 km à la voile, contre le vent, pour enfin mouiller à Dakar vers 1 heure du matin le lundi. Une arrivée nocturne dans la grande tradition du Moana.